Étymologie

(XVIe siècle) Emprunté, au moment de la Renaissance, à l’italien artigiano, lui-même dérivé du latin ars, artis (« art »), et de la terminaison -anus. Originellement, l’« artisan » est celui qui met son art au service d’autrui. Ce mot a la même origine que artiste, dont il a été synonyme jusqu’à la fin du XVIIe siècle. Par la suite, artiste s’est appliqué à ceux qui utilisaient leur art pour le plaisir, alors qu’artisan a été lié à l’esprit commercial. Aujourd’hui, on parle d’« artisan maçon », d’« artisan menuisier », etc., mais d’« artiste peintre », d’« artiste musical », etc., sans qu’il y ait mélange des deux.

Artisan / artiste : une séparation progressive

La séparation entre l’artiste et l’artisan n’a pas toujours existé. Initialement, on dit « artisan » tout individu qui pratique un art, que ce soit une technique ou un des beaux-arts. Le potier et le sculpteur sont sur au même niveau.

Au XVIIe, l’artisan va se séparer de l’artiste. Le travail artistique suppose des connaissances intellectuelles ou esthétiques. Il ne s’agit pas simplement d’un travail sur le matériau : il y a une dimension plus abstraite. Un peintre, un horloger ou un chimiste sont alors rangés du coté des « artistes ».

Au XIXe, l’artisan se distingue cette fois de l’ouvrier. Le simple exécutant devient un « ouvrier ». L’artisan devient celui qui pratique un art (technique), quel qu’il soit. L’artiste pratique les beaux-arts, l’artisan pratique les autres.

La définition d’artisan comporte trois éléments clés :

  • il fabrique intégralement l’objet lui-même
  • il utilise un outillage mécanique réduit
  • il ne produit que des objets usuels

Parler d’artisanat évoque des petites quantités et une  faible d’automatisation. Effet d’époque et de représentation, on imagine généralement l’artisan comme producteur d’objet matériels. On pourrait pourtant étendre cette idée à des biens numériques. L’écriture d’une page web statique a quelque chose d’artisanal.

Critères de distinction artiste / artisan

Dissocier fortement l’artiste et l’artisan est une position courante. La distinction elle-même est très classique. Le critère souvent évoqué pour séparer les deux est l’utilité. Un artisan produirait des choses prioritairement utiles. L’artiste serait lui détaché de cette utilité.

Ce critère est intégralement douteux pour deux raisons. Premièrement : Utile est l’un des termes les plus vagues du français. A peu près rien ne peut être dit utile ou inutile de façon définitive. Voyez la définition d’utile pour vous en convaincre.

Deuxièmement : l’art et l’artiste visent très souvent une finalité utile. Problèmes de définition de l’utile mis à part, les artistes produisent en permanence des choses que personne ne dira « inutiles » ou réalisées « pour l’amour de l’art ». Il existe une quantité d’œuvres qu’on jugera réalisée à des fins purement utiles : l’art de propagande, les blockbusters américains (pensés pour la rentabilité), les séries TV qui servent à vendre la pub qui les entoure, etc.

Enfin certaines œuvres oscillent entre artefact utilitaire et œuvre d’art. On pense aux objets du design : à la fois esthétiques et pratiques, beaux et ancrés dans l’usage. On pense aussi à l’architecture.